Plaisir, égoïsme et culpabilité

Plaisir, égoïsme et culpabilité
Nous aborderons ici les notions des dangers du plaisir, d’égoïsme, de culpabilité, et d’une manière générale « l’esprit de sacrifice » qui tiennent une grande place dans le discours jéhoviste, et constituent un frein à l’épanouissement personnel.
Nous nous attarderons plus spécialement sur les personnes sincères qui ont tenté d’appliquer au pied de la lettre ce qu’ils ont entendu dans les discours et lu dans les publications de la Société Watchtower, qui pensant bien faire ont scrupuleusement respecté les consignes, en se disant que le plaisir serait « plus tard, dans le paradis promis ».
Les relents de jéhovisme ont parfois la dent dure et nous surprennent là où on ne les attend pas.
J’ai cherché longtemps pourquoi je « cassais » tout ce que j’avais de bien.
Une vie de couple épanouie ! que nenni, ce n’est pas pour moi. Un travail intéressant ! non, rendons-le insupportable et plaignons-nous que la vie est dure. S’offrir des vacances, un bon resto ou de la belle lingerie ?? Non, non et non.
Mais, pourquoi s’interdire toutes ces choses qui embellissent la vie ? Ou pourquoi les vivre en culpabilisant autant ?
Peut-être bien parce qu’on nous l’a inculqué dès la petite enfance. Peut-être aussi parce que chez les Témoins de Jéhovah, rien n’est interdit, mais que tout est construit pour que l’on se l’interdise à soi-même.
L’un des passages bibliques préféré des Témoins de Jéhovah pour enseigner les jeunes esprits apprenti-jéhovistes sont les lettres de Paul au jeune Timothée.
On peut notamment y lire : « Sache que dans les derniers jours, il y aura des temps difficiles, car les hommes seront égoïstes, amis de l’argent, fanfarons, hautains, blasphémateurs, rebelles à leurs parents, ingrats, irréligieux, insensibles, déloyaux, calomniateurs, intempérants, cruels, ennemis des gens de bien, traîtres, emportés, enflés d’orgueil, aimant le plaisir plus que Dieu, ayant l’apparence de la piété, mais reniant ce qui en fait la force. Eloigne-toi de ces hommes là. » 2 Timothée 3 : 1-5
Les publications de la Watchtower citent régulièrement ces versets bibliques pour expliquer aux jeunes tout ce qu’ils doivent rejeter. Ainsi, le plaisir est associé dans la même phrase à la rébellion, à la cruauté et à la traîtrise. Le plaisir serait donc MAL et forcément interdit, puisqu’il est assimilé à des traits de caractères peu flatteurs.
Ainsi, de jeunes enfants surpris par leurs parents à s’initier au plaisir solitaire de la masturbation se sont vus très sévèrement punis par leurs parents au même titre que s’ils avaient été rebelles, cruels ou traîtres. Pourtant, ont-ils fait du mal à quelqu’un ? Qu’ont-ils fait de mal en réalité ? Ils cherchaient simplement à découvrir leur corps, certainement pas à faire du mal à quelqu’un. En grandissant, ils ont bien sur intégré cette idée que se faire plaisir était MAL et interdit, et ce, quel que soit le domaine.
D’ailleurs, les textes jéhovistes rappellent régulièrement (pour ne pas dire rabâchent) qu’il y a un temps pour tout, « un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser, » Ecclésiaste 3 :4. Ils cloisonnent le temps et se servent de ces versets pour limiter le temps passé aux loisirs. Ils sous-entendent que si l’on rit trop, que si l’on danse trop, que si l’on s’amuse trop, il ne restera plus de temps pour servir Dieu et que cela serait dangereux pour notre équilibre…
Il y a bien sur d’autres plaisirs qui sont à la portée de chacun.
S’offrir des vacances : ne vaut-il pas mieux donner son argent à la Société Watchtower qui en fera bon usage… ?
S’offrir un bon resto : ne vaut-il pas mieux inviter ses « frères et sœurs » dans le besoin ?
S’offrir de la belle lingerie : quels idées perverses te traversent-elles l’esprit pour t’offrir de la belle lingerie plutôt que de t’habiller avec modestie, comme le demande l’apôtre Paul ?
Il parle encore au jeune Timothée quand il dit : « Je veux aussi que les femmes, vêtues d’une manière décente, avec pudeur et modestie, ne se parent ni de tresses, ni d’or, ni de perles, ni d’habits somptueux, mais qu’elles se parent de bonnes œuvres, comme il convient à des femmes qui font profession de servir Dieu. » 1 Timothée 2 : 9-10
Nous ne prétendons pas que les TJ ne partent jamais en vacances ou ne vont jamais au restaurant, mais que tout est orchestré pour les culpabiliser s’ils le font. Les discours jéhovistes sont souvent tellement extrémistes qu’il est impossible sur le long terme d’atteindre cet idéal. D’où un sentiment récurrent de culpabilité, d’égoïsme et de façon générale, de ne pas être à la hauteur de ce que l’on attend de nous.
Mais, alors pourquoi ce conditionnement reste-t-il gravé en nous, alors même que nous avons quitté les témoins de Jéhovah depuis plusieurs années, pour certains d’entre nous ?
Parce que même si nous avons quitté les TJ, nous ne souhaitons pas pour autant faire du mal à qui que ce soit et on nous a rabâché pendant des années que se faire plaisir était mal .
Nous avons sincèrement cru que pour être aimé de Dieu, de son organisation et de nos parents, nous devions vivre en conformité avec les discours écoutés assidument aux « assemblées théocratiques » qui prônaient que le service pour Dieu devait passer avant nos « intérêts personnels ».
Il faut une prise de conscience, un électrochoc pour s’apercevoir que nous pouvons nous faire plaisir sans pour autant être un monstre d’égoïsme.
Nous pouvons nous offrir de belles vacances et les partager en famille. Nous pouvons nous offrir un bon resto et le partager entre amis. Nous pouvons nous offrir de la belle lingerie et partager ce plaisir avec notre partenaire.
Où est l’égoïsme là-dedans ? Où est le mal ? Finalement, est-ce du partage ou de l’égoïsme ?
L’égoïsme existe bien quand même, alors où est-il ? Ne se trouve-t-il pas dans le cœur de cet ancien marié depuis des années et heureux en ménage qui condamne ce célibataire qui lui confie avoir recours au plaisir solitaire pour combler son manque de vie sexuelle ?
Ne se trouve-t-il pas dans le cœur de cet homme politique qui demande aux citoyens de se restreindre financièrement, mais qui, dans le même temps, use et abuse des voyages à l’étranger ?
Ne se trouve-t-il pas dans le cœur de ces parents qui vont régulièrement au restaurant, mais ne pensent pas à offrir une glace à leur enfant ?
Et enfin, ne se trouve-t-il pas dans le cœur de ces dirigeants sectaires, qui demandent encore et toujours plus de dons d’argent et de temps ? Pendant qu’ils vivent bien au chaud dans leur tour d’argent, ils sont bien loin des préoccupations quotidiennes d’un témoin de Jéhovah lambda qui, pressé comme un citron, doit faire vivre sa famille, participer aux activités jéhovistes et ne prendra même plus le temps de se faire plaisir.
L’égoïsme existe, c’est un fait. Mais, il ne se trouve pas forcément là où les Tour de Garde et les Réveillez-vous ! veulent bien le montrer. Ces quelques exemples nous montrent qu’on peut influencer le jugement d’une personne sur le monde qui l’entoure, sans qu’elle-même s’en aperçoive et que cette vision peut la parasiter sa vie entière.
Tout comme le rire, le plaisir est un droit et une nécessité dans la vie d’un humain, qui ne rime pas forcément avec égoïsme.
Trop souvent, le rabâchage des nombreuses publications jéhovistes a culpabilisé les jeunes et les a empêché d’avoir accès à la notion même de plaisir, pourtant essentiel dans le processus d’apprentissage de la vie. Si nous arrivons à nous faire plaisir sans culpabiliser, notre vie sera plus heureuse et rayonnera autour de nous pour faire plaisir à notre entourage, par effet domino.
Et nous nous serons libérés de cette culpabilité, de cette croyance insidieuse que nous serions soi-disant égoïstes, pour profiter de la vie avec plaisir.
Notes:
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